Halima Khatun, île de Nijumdwip,
sud de l'île d'Hatia
J'ai environ 60 ans. Je suis né sur Hatia dans un endroit qui
a été érodé. Je suis venue sur Nijumdwip avec mes fils qui ont 10
et 18 ans. Nous nous sommes installés sur des terres
gouvernementales en donnant 100 francs aux gardes forestiers.
Mais cette terre a ensuite été distribuée à des vétérans de la
guerre d'indépendance.
Nous avons cultivé la terre comme
métayers pendant trois ans. Puis, nous sommes venus à Bandar
Tila. Le département des forêts a déposé une plainte contre mes
deux fils. Depuis, ils ne peuvent plus vendre leur travail et se
nourrir au quotidien. A la moindre menace, ils s'enfuient dans la
forêt pour éviter d'être arrêtés.
Il arrive qu'ils se blessent les pieds sur les pointes des racines
de mangroves. Nous vivons sous la menace constante du raz-de-marée
et des arrestations. Lors de la dernière pleine lune, durant la prière
de cinq heures, l'eau est rentrée dans ma maison à marée haute et
a recouvert le riz qui cuisait sur le foyer. A Bandar Tila notre sort va
être de vivre enfin le ventre plein ou d'être emportés par la mer.